Aleksandra Mir

Aleksandra Mir, Mouvement Organise

paris-art.com, Paris, Feb 2006
By Anne-Lou Vicente

Mouvement Organisé
28 Jan - 4 March 2006
Laurent Godin, 5 rue du Grenier Saint Lazare, Paris - France

Pour la première exposition d’Aleksandra Mir en ses murs, la galerie Laurent Godin a revêtu de bien curieux atours.
Sous le regard d’un squelette en costume sagement assis derrière le bureau de l’entrée, l’on découvre les vestiges du folklore mexicain.
De petites cages suspendues au plafond, peintes de couleurs vives, font joyeusement office de rempart à la liberté d’un oiseau déjà mort. Face au mur tagué d’un cactus, est exposée une série d’affichettes proposant des cours de danse à Mexico.

Après cette mise en contexte décorative, suggérant notre arrivée sur un autre continent, dans une autre culture, une autre histoire, tombe une phrase qui constitue le point de départ de la vidéo réalisée par Aleksandra Mir: Yo no hablo español (Je ne parle pas espagnol), peut-on lire sur une carte encadrée avant de passer le rideau épais qui sépare la pièce où est diffusée la vidéo.

Comment, dans un pays étranger, aborder la culture locale et les habitants lorsqu’on ne parle pas leur langue — si ce n’est pour dire, précisément, qu’on ne la parle pas: «Yo no hablo espanol», «I don’t speak english», etc ? Comment détourner la barrière de la langue?

Invitée à participer à «Localismos», un programme de résidence d’une durée d’un mois rassemblant vingt artistes (mexicains ou non) dans le centre historique de Mexico, Aleksandra Mir, artiste nomade résidant à New York, a voulu faire l’expérience d’une imprégnation culturelle par le corps, à la fois comme moteur et récepteur. Le but était pour ces artistes venus du monde entier de créer des pièces spécifiques au contexte local pour étudier la mondialisation «non comme un phénomène isolé, mais comme une union de localités». Une façon d’associer «local» et «global».

Ne parlant pas l’espagnol, Aleksandra Mir utilise alors un autre langage, la danse — à la fois universel (tout le monde danse) et propre à chaque culture (tout le monde ne danse pas de la même façon).

«Il faut prendre la communauté comme point de départ pour le mouvement spontané… Quand tout le monde est bienvenu comme interprète et collaborateur, alors le meilleur arrive, de nouvelles danses naissent», explique la voix-off. Artistique, étrangère, culturelle ou linguistique, la communauté apparaît comme le moteur du «mouvement organisé».
«Tout ce qui est vivant bouge, mais tous les mouvements ne sont pas organisés».
Plaisir rarement solitaire, la danse est éminemment sociale, propre à l’échange. Dans une perspective quasi anthropologique, l’artiste apprend des danses comme des dialectes, et danse comme elle parlerait.

Dans son journal vidéo, à l’aspect volontairement amateur, l’artiste se livre à une performance en se mettant en scène à maintes reprises. On la voit dansant, en cours, dans la rue, dans des soirées entre amis, s’exposant ainsi à l’échec, au ridicule, voire au grotesque, désacralisant la figure de l’artiste.
Lorsqu’elle n’est pas devant la caméra, Aleksandra Mir joue les metteurs en scène et donne des directives à ceux qui deviennent alors ses acteurs. Elle dirige, organise, synchronise même leurs mouvements spontanément désordonnés.

Le mouvement organisé, aussi élémentaire soit-il, est peut-être le début d’un mouvement plus large, social et politique, comme l’évoquent les images de manifestations.
Le Che, icône révolutionnaire qui apparaît dans la vidéo (pur hasard ou mise en scène) aura été un grand chorégraphe, au même titre qu’Emiliano Zapata et Pancho Villa, héros de la révolution mexicaine du début du XXe siècle.

Derrière la caméra, l’artiste demande (en anglais) à de jeunes Mexicains portant des t-shirt à l’effigie du Che, de «dire quelque chose, n’importe quoi», leur promettant que cela sera transmis au monde entier: «Tout le monde désire vivre en paix», répond l’un. Une vraie révolution.