Aleksandra Mir

Le minéral dans tous ses états

By Sarah Taurinya
digitalarti.com, November 2014

L'hypothèse de l'impact géant est une exposition qui a lieu du 5 octobre au 14 novembre 2014 à Cergy, au Carreau et à Visages du Monde. Elle tire son nom d'une théorie selon laquelle un corps céleste aurait heurté la terre et éjecté la matière nécesaire à la formation de la lune. Plus généralement, l'événement aborde le minéral dans tous ses états et tire des perspectives tant esthétiques que géopolitiques et/ou fictionnelles.

Selon Cécile Babiole, "le minéral est LA ressource par définition. De tout temps, il est objet de quêtes et source de conflits : or, pierres précieuses, pétrole… jusqu'au coltan dont on extrait le tantale présent notamment dans les smartphones et les ordinateurs portables." Alchimie, rêverie, critique sociale, le choix des œuvres offre un panorama très large sur le sujet.

Avec H / AlCuTaAu, Revital Cohen & Tuur Van Balen inversent le processus en extrayant les minéraux de machines informatiques. Bureau d'études crée un graphique sur l'histoire et la géographie du pétrole. Originaires du nord de la France, Cléa Coudi et Éric Herbin évoquent les houillères. Les aspérités de morceaux de charbon sont lues par des aiguilles tel des 33T et donnent à entendre les coups et les frottements qui les ont constitués. Dans le temps, les aiguilles y gravent des marques supplémentaires, entament la surface pour pénétrer l'histoire de chaque gaillette.

Il Capo est le chef d'orchestre des machines dans une mine de marbre. Le petit homme paraît fragile dans l'immensité du lieu et la cacophonie. Pourtant il mène la danse de ses gestes précis et sûrs. Yuri Ancarani signe une vidéo de quinze minutes entre documentaire et poésie. Elle sera diffusée dans l'auditorium pour apprécier pleinement le côté "noise" de la bande sonore.

La lune a toujours été associée au songe. Ici, les fictions revisitent son histoire. Aleksandra Mir filme la première femme à y mettre un pied. Adelin Schweitzer recrée sa surface sur un plateau de tournage qu'il projette en direct sur la façade extérieure de Visages du Monde, "hommage" à la polémique sur la véracité du premier homme sur la lune.

L'exposition est proposée par Le Sans-Titre, collectif composé de trois artistes-commissaires, Cécile Babiole, Cécile Azoulay et Julie Morel. Elles envisagent le commissariat comme un acte de création et privilégient la transversalité des pratiques et des points de vue. Les barrières entre art contemporain et numérique tombent, la fiction dialogue avec le réel, les artistes confirmés côtoient les émergents, tels Iris Heurtaux et Nicolas Durand (photos ci-dessous) qui signent des œuvres orientées sur le geste, de la fragilité du démoulage au zen mécanique.

Cécile Babiole conclut, "il y a mille façon d'aborder ce thème, qui ne se contredisent pas mais qui co-existent et s'enrichissent mutuellement."